Le repos comme forme de résistance : Apprendre à lâcher prise quand on est conditionnée à surperformer

Le repos comme forme de résistance : Apprendre à lâcher prise quand on est conditionnée à surperformer

Je me suis récemment rendue compte que je ne sais pas me reposer.

Après quelques mois épuisants entre le déménagement de la France vers l'Italie cet été, le début de mon doctorat, concilier maternité et travail, j'ai décidé la semaine dernière de prendre une journée complète de repos. Pas de doctorat, pas de réseaux sociaux, pas de tâches ménagères. Le plan était simplement de me laisser être pendant une journée (ce qui, si vous me connaissez, n'arrive pas souvent). Je venais de franchir la première étape de mon parcours doctoral, à savoir la présentation de mon projet devant mes pairs, et je me suis dit que je méritais bien un jour de repos (ce qui est problématique en soi, mais ça peut faire l'objet d'un autre poste).

Lors de ma journée de repos programmée, je me suis levée à 8h du matin, je n'ai fait aucune sieste de la journée, j'ai oublié de déjeuner, j'ai décidé d'une toute nouvelle direction pour une partie de mon projet de doctorat, j'ai conçu le calendrier de contenu de mon compte Instagram (@blackademiadiaries) pour les trois prochains mois et j'ai cuisiné un curry japonais pour le dîner. Le jour même où j'avais décidé de me reposer, mon cerveau a décidé que c'était le bon moment pour surperformer.

Cela m'a fait réaliser que je ne sais pas me reposer et que ça doit changer à l’avenir.

Cet article est pour les perfectionnistes, pour les femmes noires qui n'ont pas appris à se reposer, pour celles incapables de se concentrer sur le présent parce qu'elles sont trop préoccupées à avoir toujours une longueur d'avance sur l'avenir. J'écris ici pour toutes celles comme moi, qui ont un peu trop intériorisé que « Les femmes noires doivent mourir épuisées ».

Confessions d'une surperformeuse chronique

Une collègue m'a dit un jour : « Wow, tu as fait tellement de choses pour ton âge. Je donnerais n'importe quoi pour avoir un CV aussi rempli que le tien ». Oui, j'ai effectivement fait beaucoup de choses et je suis fière de tous les projets incroyables auxquels j'ai eu l'opportunité de participer et de tout ce que j'ai pu apprendre.

Mais à quel prix ? Je n'ai pas eu de vacances depuis l'été 2022 et avant cela, mes dernières vacances remontent à l'été 2016. J'ai été constamment en mouvement et j'ai tendance à toujours sacrifier le sommeil et le repos pour la prochaine opportunité professionnelle ou le prochain projet passionnant.

Sur-performer est devenu une source de fierté parce que je sais que je suis compétente, que je suis douée dans ce que je fais et que je suis capable de me donner les moyens d'atteindre mes objectifs. En même temps, je me sens constamment fatiguée et au bord d'un burn-out.

En y réfléchissant, je réalise que cette course effrénée permanente vient de plusieurs sources :

  • Un soupçon d'hyperactivité couplé à un intérêt et une passion sincère pour pleins de sujets.
  • La peur de manquer l'avenir. J'ai compris depuis longtemps que le savoir est le pouvoir, d'une manière qui va au-delà de ce qu'on peut apprendre à l'école — il s'agit plutôt d'avoir la bonne information au bon moment. Je suis obsédée par l'idée de ne pas rater une opportunité parce que je n'en aurais pas eu connaissance.
  • L'absence de filet de sécurité social et financier (réel et/ou imaginé). Cela rejoint ma croyance intériorisée que je n'ai pas le droit de faire la moindre erreur, qui découle du traumatisme racial comme je l'ai évoqué dans mon dernier poste sur la charge invisible d’être une femme noire irréprochable. J'ai intériorisé l'idée que si j'échoue, il n'y aura personne pour rattraper le coup, même si ce n'est pas entièrement vrai. J'ai un merveilleux système de soutien en mon mari, ma famille et mes ami·e·s.

Maintenant que j'ai réalisé que je ne sais pas me reposer, je veux apprendre à le faire à partir de maintenant. 


« Se reposer, c'est résister »

En tant que femme noire vivant dans ce que bell hooks décrit comme le « patriarcat capitaliste suprémaciste blanc impérialiste » qui exploite le travail des femmes noires et rend leurs voix invisibles, mon repos est une question de résistance. Ce n'est pas seulement personnel, c'est politique.

Tricia Hersey, fondatrice de The Nap Ministry, écrit :

« Mon repos en tant que femme noire [...] souffrant d'épuisement générationnel et de trauma racial a toujours été un refus politique et un soulèvement pour la justice sociale dans mon corps. [...] Il ne s'agit pas que de siestes. Il ne s'agit pas d'oreillers moelleux, de draps coûteux, de masques de sommeil en soie ou de tout autre gadget externe, frivole et consumériste. Il s'agit d'un détricotage profond de la suprématie blanche et du capitalisme. [...] Le repos repousse et perturbe un système qui considère les corps humains comme des outils de production et de travail. C'est un contre-récit. » (Rest is anything that connects your mind and body, 21 février 2022)

Hersey présente le repos comme à la fois personnel et politique. C'est un refus politique, une résistance contre la marchandisation et l'exploitation des corps noirs, de l'esclavage à la culture contemporaine du hustle et du grind.

En tant que femmes noires, nos vies, nos cheveux, notre savoir mais aussi notre repos sont politiques.

Black Girl Excellence oui, mais cette excellence ne devrait pas être atteinte au prix de l'épuisement.

Les Femmes Noires Ne Doivent PAS Mourir Épuisées.

J'ai fini par comprendre qu'être le rêve le plus fou de mes ancêtres ne repose pas uniquement sur mes réussites académiques et professionnelles. La course effrénée n'est pas ce pour quoi nos ancêtres et nos aïeules se sont battues. Se reposer participe aussi à perpétuer leur héritage.

Dans le cadre de ma Praxis Féministe Noire, je m'engage à faire des siestes, à prioriser le repos et à faire confiance à Dieu et à l'Univers que ce qui m'est destiné viendra à moi. Et cela viendra à une version reposée de moi.

À partir de ce mois-ci, je m'engage à prendre au moins un jour de repos par mois et une semaine complète tous les trois mois. Cela peut ne pas sembler beaucoup pour ceux qui lisent et qui ne me connaissent pas, mais si c'est correctement mis en œuvre, je crois que ce serait véritablement révolutionnaire dans ma vie.

JE ME REPOSERAI. NOUS NOUS REPOSERONS.

Et vous, comment souhaitez-vous pratiquer le repos comme résistance dans l'année à venir ?


Ressources

La version en anglais de cet article est disponible ici

Pour plus de ressources sur le repos comme résistance, suivez et lisez le travail de Tricia Hersey, fondatrice de The Nap Ministry :

Tags:#féminismenoir#reposcommerésistance
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